Château-Thierry. Dévoilement de la plaque en hommage à Micheline Rapine, « inventrice » du Trésor de l’Hôtel-Dieu et fondatrice du musée éponyme

Micheline Rapine (1935-2013) a consacré une large part de sa vie à la création du Musée de l'Hôtel-Dieu de Château-Thierry. Cette passionnée d'histoire est à l'origine de la découverte, de la conservation et

de la mise en lumière du Trésor de l'ancien hôpital. Une vaste aventure pour laquelle elle a su fédérer toutes les énergies.

 

Le dévoilement de la plaque commémorative en mémoire de l’« inventrice » du Trésor de l’Hôtel-Dieu et fondatrice du musée éponyme ainsi que de l’association Arts et Histoire a eu lieu, jeudi 09 juillet en fin d’après-midi, dans les locaux de l’Hôtel-Dieu.

 

 

 

 

 

Marion Lavaux, directrice adjointe du Pôle muséal de Château-Thierry, a accueilli les nombreux invités : « Une cérémonie attendue de longue date, mais comme vous le savez, au pays de La Fontaine, tout vient à point à qui sait attendre. Nous commémorons ce soir bien plus qu’une figure du passé récent de l’Hôtel-Dieu, mais véritablement la cheville ouvrière de l’une des plus grandes transformations qu’il ait jamais connue, au moins depuis la reconstruction au 19e siècle de ce bâtiment.

 

  

 

 

À travers Micheline Rapine, le musée du Trésor de l’Hôtel-Dieu, au moment où s’engage une nouvelle phase décisive pour son avenir, se souvient

ce soir ce qu’il doit à ceux qui ont œuvré pendant plus de 20 ans pour faire de lui ce qu’il est aujourd’hui. Et si, déformation professionnelle oblige, comme le disait La Fontaine « À l’œuvre, on connaît l’artisan », alors on ne peut que féliciter ce soir les artisans dont la première d’entre eux,

Micheline Rapine, de cette réussite qu’a incarné le Musée de l’Hôtel-Dieu à l’issue d’une aventure humaine et patrimoniale extraordinaire. »

 

 

 

 

 

Claudine Féry, présidente de l’association Arts et Histoire - Les Amis de l’Hôtel-Dieu de Château-Thierry, a rappelé les grandes étapes de l’histoire de la découverte du Trésor de l’Hôtel-Dieu

et de la fondation de l’association : « L’œuvre de Micheline Rapine dans la fondation du Musée du Trésor de l’Hôtel-Dieu est une formidable aventure commencée en 1973. Date à laquelle elle prend

les fonctions d’attachée de direction chargée des Affaires économiques au Centre hospitalier de Château-Thierry.

 

 

 

Elle découvre alors dans les greniers de la Communauté des Sœurs Augustines un capharnaüm indescriptible d’œuvres d’art, offrant une vision de désolation. Dès lors, elle fut habitée par la volonté de sauver du naufrage cet incroyable gisement d’œuvres d’art livrées à la poussière. Elle consacrera tous ses jours de congés, ses loisirs, ses soirées. 

 

Dès 1981, elle est assermentée à la protection des collections contre les actes de vandalisme, de malveillance, sur la demande de Monsieur André Rossi, président du Conseil d’administration de l’hôpital. À partir de 1988, lorsque Monsieur Michel Berger devient directeur du Centre hospitalier,

elle débute avec l’aide de Monsieur Chritian Gissinger, conservateur départemental des objets mobiliers, un ambitieux travail d’inventaire et de restauration. 

En 1989, les premières portes ouvertes consacrées au Salon 18e et à la première salle d’art sacré soulèvent l’enthousiasme général et conforte Micheline Rapine dans son entreprise de restauration et d’aménagement de nouvelles salles d’exposition. 

 

Dans le prolongement de ce succès populaire, les portes ouvertes renouvelées en 1990 furent un triomphe. Un an plus tard, en 1991, la revue d’art, L’œil, propose une excellente synthèse de la situation du projet de Micheline Rapine. Cela, quelques mois avant la création de l’association Arts et Histoire. Cette revue porte en couverture la vierge et l’enfant, une œuvre en bois de chêne du 14e siècle et consacre un article documenté de 7 pages intitulé "Naissance du Musée de l’Hôtel-Dieu" avec la préface suivante : « Un musée remarquable est sur le point de voir le jour à Château-Thierry.

Par un heureux hasard, les différents éléments nécessaires à cette création se trouvent réunis dans la ville. D’une part, les magnifiques collections constituant le Trésor de l’Hôtel-Dieu,  et d’autre part, des bâtiments vides de l’hôpital désaffecté depuis 1982. Mais tout cela ne servirait à rien

s’il n’y avait une âme, une volonté passionnée de mener à bien le projet. C’est ce qu’a apporté le remarquable travail de recherche et de création réalisé depuis 1975 à titre bénévole par Madame Micheline Rapine. Un embryon de musée est déjà créé. » 

 

Cet embryon s’appuyait sur les premières restaurations du bâtiment du 17e siècle, à l’initiative du Centre hospitalier. La Chapelle et la salle du Chapitre en 1988, le salon de la Communauté en 1989 et la première salle d’art sacré en 1990. 

 

Le 18 novembre 1991, Micheline Rapine, Michel Berger, Pierre Lemret, Jean-Pierre Champenois, Didier Quentin et Tony Legendre lancèrent

un manifeste pour la concrétisation du projet du musée. Une assemblée générale constitutive eut lieu le 30 novembre 1991avec près

de 100 personnes présentes. Pierre Lemret présente les buts de l’association appelée Arts et Histoire. Association qui a pour objet principal

de contribuer à la réalisation du Musée du Trésor de l’Hôtel-Dieu, d’œuvrer à l’ouverture du site au public, de démocratiser l’accès aux collections

et de garantir la sauvegarde d’un patrimoine majeur de l’histoire locale.

 

Les statuts, adoptés à l’unanimité furent publiés au Journal Officiel du 15 avril 1992. L’association est capable d’apporter avec ses nouveaux bénévoles et mécènes les ressources indispensables à Micheline Rapine pour poursuivre ses projets de restauration en vue de la création du musée. Chaque année, une tranche de travaux est programmée et réalisée grâce aux matériaux fournis par des mécènes, aux dons et legs des adhérents,

aux subventions pour restauration d’œuvre par le Conseil général de l’Aisne.

 

Sous l’œil vigilant de Micheline Rapine, des aménagements sont réalisés par une équipe spécialisée d’entretien du Centre hospitalier avec les conseils éclairés du Conservateur départemental. 

 

Ce musée représente un espace de 18 salles sur 1500m2 et abrite une collection de plus de 1300 œuvres présentées, datant pour une large part

de la fin du 17e siècle et embrassant tous les grands domaines artistiques. » (Extrait) 

 

 

 

Avant de rappeler le parcours professionnel de sa maman autodidacte, le vécu de son engagement, sa fille, Françoise Rapine,  a tenu à saluer la démarche de l’équipe d’animation du Pôle muséal,

de l’association Arts et Histoire, et des élus qui ont imaginé ce moment de rassemblement autour de la mémoire : « La fonction d’une plaque commémorative, c’est celle de se souvenir et de ne pas oublier les actions importantes de notre commune menées par des personnes engagées, ici, dans

la valorisation du patrimoine local. »

 

 

 

Sébastien Eugène, président de la Communauté d'Agglomération de la région de Château-Thierry et maire de Château-Thierry a salué l’hommage à Micheline Rapine : « Une femme dont le nom restera profondément lié à l’histoire contemporaine de ce bâtiment. Pendant des siècles, l’Hôtel-Dieu

a été un lieu de soins, d’accueil, de présence auprès des malades et des plus fragiles. Il a été habité

par les sœurs, les médecins, les équipes hospitalières, par celles et tous ceux qui ont fait vivre

sa vocation hospitalière.

 

Et puis est venu un temps de transition. Pour la première fois, il y a plus de 20 ans, après plusieurs siècles d’histoire, l’Hôtel-Dieu a cessé progressivement d’être un hôpital et alors que sa vocation première disparaissait, son histoire, elle, ne devait pas disparaitre avec elle.

 

  

C’est précisément à ce moment que l’action de Micheline Rapine et de l’association Arts et Histoire a été absolument fondamentale. Parce qu’il aurait été possible, malheureusement, heureusement ce n’est pas arrivé, que le Trésor soit oublié, ou alors dispersé, ou simplement refermé dans le silence des greniers. Il a été au contraire regardé, inventorié, protégé, transmis et la chose la plus importante remis en lumière pour les Castelthéodoriciens,

les Sud-Axonais, et les nombreux visiteurs. Ce passage d’un lieu hospitalier à un lieu de mémoire et de patrimoine ne s’est pas fait seul. Il s’est fait grâce à des femmes, grâce à des hommes engagés, souvent bénévoles, qui connaissaient intimement l’Hôtel-Dieu parce qu’ils y avaient travaillé.

Il y a beaucoup d’agents hospitaliers qui étaient aux côtés de Micheline Rapine dans cette aventure parce qu’ils avaient fréquenté. Grand nombre

de Sud-Axonais sont nés dans ce bâtiment et y sont tout particulièrement attachés, ou alors parce qu’ils en connaissaient les couloirs, les usages,

les habitudes et surtout l’âme. 

 

L’hommage que nous rendons aujourd’hui à Micheline Rapine est aussi un hommage à cette génération de passeurs, une génération qui a connu l’Hôtel-Dieu en activité, qui a compris qu’il fallait préserver non seulement des œuvres, des objets, des souvenirs, des mémoires. Cette question

des mémoires est essentielle. Elle est au cœur du projet d’archive orale menée en partenariat entre l’équipe du Pôle muséal et l’association Arts et Histoire. Recueillir ces témoignages, c’est préserver une part irremplaçable de l’histoire de l’Hôtel-Dieu, celle des personnes qui l’ont vécue de l’intérieur.

  

Aujourd’hui, l’Agglomération est dépositaire de cet héritage. La cession de l’Hôtel-Dieu par l’hôpital à la Communauté de Communes présidée alors par Michèle Fuselier, devenue Communauté d’Agglomération a marqué une nouvelle étape. Cela nous donne donc une responsabilité, celle de préserver ce lieu mais aussi de penser à l’avenir de ce bâtiment qui a tant compté pour Micheline Rapine. Avec cette nécessité absolue de pouvoir trouver

un projet d’ensemble qui permette de préserver le fabuleux musée. 

 

Un appel à manifestation d’intérêt a été émis pour regarder si une structure hôtelière serait intéressée par le bâtiment. Cet appel à manifestation d’intérêt a été infructueux. Nous avons commencé à retravailler cet appel à manifestation d’intérêt, notamment pour élargir et en tenant compte

des demandes, des propositions faites par Madame la présidente et par François Alvoët, notamment en matière de soins.

 

L’enjeu pour l’Agglomération va être de relancer un appel à manifestation d’intérêt plus large et comme je l’ai toujours dit, mais je préfère

le réaffirmer pour que ceci soit très clair, le Musée de l’Hôtel-Dieu doit rester dans l’Hôtel-Dieu, sinon on perd tout le sens qu’il peut y avoir

à conserver et à valoriser ces collections. 

 

On travaille également aujourd’hui avec l’hôpital de Château-Thierry pour finaliser les propriétés foncières. Il y a encore un certain nombre

de bâtiments autour de l’Hôtel-Dieu, de terrains qui appartiennent encore à l’hôpital de Château-Thierry. Il y a donc lieu de finaliser ces changements

de propriétés foncières, avec d’une part, la Ville, notamment pour recréer la Rue de Bué et d’autre part, avec la Communauté d’Agglomération pour avoir un ensemble foncier absolument cohérent. 

 

Il y a également un travail qui est mené par l’ensemble des équipes qui font vivre ce musée avec l’association Arts et Histoire sur les collections.

C’est un travail de longue haleine qui se poursuit et qui sera évidemment une des conditions nécessaires pour avoir la labellisation de Musée de France. 

 

Écrire l’histoire, c’est également la poursuivre. L’histoire n’est jamais rectiligne. Elle se déforme au fil des années, au fil des personnalités. Micheline Rapine a été une cheville ouvrière absolument fondamentale dans le changement de direction pris par ce bâtiment depuis plusieurs décennies.

Il y a eu un moment où c’était un hôpital. Il y a eu un moment où le bâtiment, comme aujourd’hui, est un musée sans que les étages soient occupés. On doit écrire une nouvelle page et notamment trouver une solution pour que l’ensemble du bâtiment puisse être restauré et que les étages supérieurs puissent trouver un usage. 

 

La plaque n’est pas seulement un signe de reconnaissance. C’est un repère temporel. Elle rappelle qu’à un moment décisif, Micheline Rapine

et l’association Arts et Histoire ont permis à l’Hôtel-Dieu de franchir un seuil. Celui qui mène du soin à la mémoire, de l’usage hospitalier

à la transmission patrimoniale. 

 

Je veux donc remercier très sincèrement Françoise Rapine, l’ensemble des proches de Micheline Rapine pour leur présence aujourd’hui, Claudine Féry et l’ensemble des bénévoles de l’association Arts et Histoire pour leur engagement très fidèle, patient, passionné, les équipes du Pôle muséal et l’ensemble des services mobilisés pour préparer l’exposition et accompagner cette mémoire. 

 

En dévoilant cette plaque, nous rendons hommage à une femme et nous disons notre attachement à une histoire collective. Une histoire faite

de soins, de dévouement, de sauvegarde, de transmission et désormais, vous l’avez compris, d’avenir. » 

 

 

 

Heureuse et émue d’être présente à la cérémonie d’hommage, bientôt presque 10 ans après avoir quitté ses fonctions d’élue locale à la Communauté de communes de Château-Thierry, Michèle Fuselier, vice-présidente du Conseil départemental de l’Aisne a clôturé le temps des discours :

« Je suis assez heureuse de voir cette ferveur autour de ce bâtiment, autour de ce projet, autour de

ces innombrables amis. 700 ans d’histoire, j’allais dire avec, excusez-moi si je fais un petit peu trop

de féminisme, on me le reproche parfois, de femmes fortes.

 

 

 

Micheline Rapine a succédé à qui ? À Jeanne de Navarre, à Anne de Gondy, à Madame de la Bretonnière. On voit bien aujourd’hui que si on est là,

c’est d’abord et grâce aux femmes qui ont toujours eu ce rôle essentiel qu’on semble parfois leur daigner. C’est important de le rappeler.

 

Mais c’est sans préjuger du travail extrêmement important, agréable et constructif que nous avons fait avec François Alvoët qui était président

de l’association lorsque j’étais présidente de la Communauté de communes. Cela a été des vrais sujets, des vrais sujets enflammés parfois,

mais des vrais sujets intéressants. Surtout quand la DRAC était là et nous disait  que nous avions ici, sur ce territoire, le plus beau musée de Picardie qui n’en porte pas le nom.

 

C’est quand même assez fabuleux. Cela veut dire que même la DRAC reconnaissait tout à fait la légitimité d’un véritable musée à cet Hôtel-Dieu, tellement la manière dont Micheline Rapine l’avait conçu, l’avait travaillé, méritait en tous cas cette appellation.

Il manquait pas grand-chose, il ne manque toujours pas grand-chose, d’ailleurs, pour le devenir. Je sais que quelque part, le projet est toujours

sur les rails. 

 

On a vécu des moments difficiles. La crainte de tout perdre. La vente à la découpe qui avait mobilisé tous les citoyens du Sud dans les rues

de Château-Thierry, parce que, effectivement, un directeur de passage de l’hôpital avait eu cette idée là, de vendre à la découpe, parce que finalement,

il n’y avait pas d’autre solution. L’hôpital avait déjà besoin d’argent à l’époque. Cela ne s’est pas arrangé. Par contre, il n’y a plus de vente à la découpe de l’Hôtel-Dieu. »

 

Un moment rafraichissant, convivial et très apprécié clôture cette belle cérémonie.
Un moment rafraichissant, convivial et très apprécié clôture cette belle cérémonie.

DB

Crédit photos : Axomois Production

Écrire commentaire

Commentaires: 0