Dans l’Aisne, la démocratie participative s’invite à la campagne. À partir du 15 juin, soit 3 mois jour pour jour après les élections municipales à Trélou-sur-Marne, les habitants du village ont l’opportunité de s’exprimer
de nouveau sur l’avenir de la commune. Ils ont jusqu’au 10 juillet pour remplir un questionnaire.
Sur la place du village, malgré les devantures délavées de l'ancienne boulangerie et du vieux café, il n'y a plus un seul commerce. Alors pour revitaliser le bourg et renouer du lien social, la commune s'apprête à acquérir
un ancien Ehpad, vide depuis 2019. Mais que faire de ces lieux ? Quelles initiatives soutenir ? Aux habitants
de s’exprimer pour qu'un projet collectif naisse de cette consultation.
Un questionnaire papier et numérique
Pour mener à bien cette enquête participative, les élus de Trélou-sur-Marne ont décidé de soumettre
un questionnaire aux 970 habitants. Ce formulaire de plusieurs pages, découpé par thématiques, sera déposé dans toutes les boîtes aux lettres à partir du lundi 15 juin.
En parallèle, les habitants pourront s’inscrire sur une plateforme en ligne. Ils pourront alors accéder à ce même questionnaire ainsi qu’à
un espace d’échanges numérique afin de développer leurs idées et interagir directement avec leurs concitoyens. Un peu comme sur un groupe Whatsapp.. mais avec de la modération.
Une commune-pilote pour la recherche en sciences sociales
Dans le cadre de cette enquête, l’ensemble de ces questionnaires vont être synthétisés et analysés, tout comme les échanges qui auront lieu entre les habitants sur l’espace de discussion en ligne.
Développée par Andrei Mogoutov, enseignant-chercheur en sciences sociales à Sciences Po Paris, et lui-même habitant de la commune,
cette plateforme de recherche est mise à disposition de la commune gratuitement, dans le cadre d’un partenariat.
Les résultats de cette enquête seront dévoilés à l’automne par la municipalité et une réunion publique sera organisée avec l’ensemble
des habitants en guise de restitution.
Bruno Galland, conseiller municipal, à l’initiative de cette enquête
Avant de foncer tête baissée, les élus ont décidé de créer une commission -Nouveaux projets-, présidée par Bruno Galland, le doyen de l’assemblée.
« Au minimum, cette enquête va permettre de déterminer des tendances, des priorisations,
des projets forts… Mais elle pourrait surtout nous permettre d'élargir le cercle de ceux qui veulent contribuer et faire un état des lieux de la ressource humaine. Il faut réussir à casser l’isolement
du conseil municipal. »
Arrivé à Trélou-sur-Marne en 2017, peu avant sa retraite, Bruno a travaillé toute sa vie pour le compte d’une ONG internationale, le centre international de développement et de recherche (CIDR). Pendant 40 ans, il a jonglé entre l’Oise et l’Afrique, accompagnant notamment
la création de mutuelles dans de nombreux pays d’Afrique et de l’Océan Indien, des pays sans sécurité sociale. À la fin de sa carrière,
Bruno a accompagné le tiers-lieu l’Hermitage, toujours dans l’Oise, afin de redonner un élan économique et social à cette ancienne maladrerie de 30 hectares qui tombait en désuétude. En ce début d’année 2026, il a su convaincre les élus de Trélou-sur-Marne qu’une enquête était nécessaire pour impliquer les habitants : « plutôt qu’une mobilisation collective… je dirais plutôt que nous avons besoin de l’engagement
de chacun. »
Andrei Mogoutov, enseignant-chercheur en sciences sociales à Sciences Po Paris
Dans le cadre de cette enquête, la mairie propose aux habitants de participer par le biais
d’une plateforme numérique développée par Andrei Mogoutov, enseignant chercheur
en sciences sociales à Sciences Po Paris. Pour mener ses recherches, Andrei se sert
de l'intelligence artificielle (IA) comme d’un outil et c’est précisément ce modèle-là
qu’il enseigne.
« La méthode que j’emploie avec mes collègues et étudiants consiste à utiliser l'IA pour modéliser la tenue des débats autour de crises politiques, énergétiques, sanitaires... L'IA sert à produire du code et c’est un outil qui permet de faire des synthèses, d'isoler les arguments, d’identifier l’émetteur d’un message et de comprendre à qui il s'adresse. L'objectif c'est d'apprendre à repérer des indices pour prédire l’arrivée des crises et, à terme, apprendre à les gérer d'une manière constructive. »
Cet ancien physicien s’est installé sur la commune en 2006 et jongle entre son métier de vigneron et celui d’enseignant-chercheur. Grâce à
ce partenariat, Andrei met donc sa plateforme à disposition des habitants gratuitement. En retour, il pourra étudier ces échanges (de manière anonyme) afin d’approfondir ses recherches sur l’analyse de débats à l’échelle d’une commune. Jusqu’alors, ses travaux se sont focalisés
sur les débats de l'Assemblée nationale et de conventions citoyennes.
BG



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