
L’EPMS (Établissement Public Médico-Social) de l’Agglomération de Château-Thierry a pour projet de reconstruire les « maisons de retraite » (EHPAD) de Barzy-sur-Marne, Condé-en-Brie et Courtemont-Varennes sur un unique site à Crézancy.
Corinne Rousselle, directrice déléguée de l’EPMS de l’Agglo de Château-Thierry, un établissement né le 1er janvier 2020 après une cession d’autorisation du CIAS (Centre Intercommunal d’Action Sociale) de la fonction publique territoriale vers la fonction publique hospitalière, indique : « Je suis arrivée 10 mois après cette naissance et depuis, je mets en place la politique d’un avenir pour cet établissement après
un diagnostic commun, ARS (Agence Régionale de Santé NDLR), Conseil départemental de l’Aisne et établissement, d’une non viabilité
de ces petites structures. »
Sébastien Eugène, président de l’EPMS de l’Agglomération de Château-Thierry et président de l’Agglo de Château-Thierry précise :
« Madame Rousselle est directrice déléguée, une direction commune avec l’hôpital de Château-Thierry et qui donc par ricochet, est aussi commune avec la direction par intérim de l’hôpital de Soissons. L’EPMS est l’établissement qui regroupe les anciens établissements seniors qui sont devenus ensuite EHPAD du secteur de Condé-en-Brie. Les statuts font que le président de l’Agglomération de Château-Thierry est, de droit, président du Conseil d’administration de cet établissement. Il y a des fils historiques entre l’Agglomération et l’EPMS, mais structurellement, statutairement, ce sont deux choses séparées. Le seul lien est que les administrateurs sont désignés par l’Agglomération et que le président est de droit. »
Besoin d’un EHPAD public qui répond à une vraie demande
Initialement, il y avait cinq établissements sur l’ancienne 4CB (Communauté de Communes du Canton de Condé-en-Brie). « En raison
de moindres demandes, de difficultés d’exploitation, on a aujourd’hui plus que trois sites en fonctionnement, Barzy-sur-Marne, Condé-en-Brie
et Courtemont-Varennes, souligne Sébastien Eugène. Les sites qui sont déjà fermés sont Marchais-en-Brie et Trélou-sur-Marne.
On a une difficulté majeure, c’est que sur chaque site, on a à peu près 20 lits, ce qui génère des coûts de structures extrêmement élevés. Par exemple, la nuit, vous devez avoir une infirmière présente sur le site, s’il se passe quelque chose. Mais que vous soyez 60 ou 20, finalement, vous devez toujours payer l’infirmière. On a donc un vrai sujet de structures. Si rien n’était fait, ces établissements étaient voués à fermer.
C’était une situation qui ne semblait pas souhaitable. Parce qu’on a besoin d’un EHPAD public sur le secteur de Condé-en-Brie qui répond à une vraie demande pour que les habitants du territoire puissent rester sur ce bassin de vie. Des études ont été réalisées par Madame Rousselle et ses équipes, avec l’ARS et le Département qui a en charge cette compétence. »
Un projet estimé à 22 millions d’euros
L’idée est de regrouper, sur un même site, l’établissement. Ce dernier se situera donc sur la commune de Crézancy. « On a été accompagné
au niveau national par l’ANAP [Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux NDLR] ajoute Sébastien Eugène. Notamment pour déterminer le bon dimensionnement de l’établissement, pour que financièrement ce soit tenable.
Parce que si ce n’est pas tenable dans le temps, on va avoir des prix de journée trop élevés que vont payer les familles et personne ne viendra dans l’établissement. On va avoir un bel établissement reconstruit et finalement vide. Ce n’était pas du tout l’enjeu. Il a fallu créer un plan de financement et ils se sont arrêté sur 86 places d’hébergement pour un coût total estimé à 22 millions d’euros. Je remercie Madame Rousselle, car cela fait
des années qu’elle travaille dessus.
Le grand changement, c’est que c’est n’est plus un souhait de l’établissement, c’est aussi un projet qui est confirmé aujourd’hui par l’Agence Régionale de Santé. On a reçu juste avant Noël, c’était un peu le cadeau de Noël, la signature du Directeur général de l’ARS qui donne près de 10 millions d’euros au projet d’investissement. C’est colossal. Ça finance en gros quasiment la moitié. L’autre moitié étant en fait un prêt qui sera au fil des années remboursé. Il fallait évidemment que tout le monde soit d’accord. Il fallait que le Département soit d’accord, que l’ARS soit d’accord. Ils augmentent
le nombre de capacité de lits, mais après, il y a le fonctionnement avec tous les soins. C’est l’ARS qui finance les soins. Les résidents financent
une partie de l’hébergement et le département finance la dépendance. Il fallait avoir tous les feux au vert.
Encore une fois, cette subvention vaut acceptation du projet. C’est une très, très bonne nouvelle. Ça va pérenniser cet établissement sur le territoire, permettre aux personnes qui attendent de rester sur le bassin et vie et pour l’Agglomération, ça veut dire un autre chantier à 20 millions d’euros
qui ne va pas tarder à commencer. On n’en a pas tous les jours des établissements comme ça. À titre de comparaison, l’hôpital, c’est 35 millions d’euros. On est quand même sur des montants conséquents. Je tiens à remercier très chaleureusement le maire de Crézancy [Éric Mangin NDLR], qui vous le savez, est un visionnaire qui s’est positionné au bon moment et aux bonnes opportunités et qui cède le terrain à l’euro symbolique.
Ce qui permet aussi de boucler le plan de financement. »
86 places d’hébergement permanent
Le futur EHPAD de Crézancy, un bâtiment comprenant deux niveaux de 2 878m2 chacun, sera construit sur un terrain situé à l’arrière de l’éco-quartier et ses commerces. Un aménagement extérieur de 2920m2 sera réalisé.
Corinne Rousselle indique : « C’est un projet qui a été travaillé depuis 4 ans après un diagnostic commun sur des structures qui ne sont pas viables. Du coup, on nous a laissé le temps de proposer un projet de reconstruction. Ce qui a été fait.
On a vu plusieurs maires qui voulaient bien mettre un terrain à disposition. On a fait un retour régulier en Conseil d’administration. Le terrain devait répondre à certaines caractéristiques. Crézancy rentrait dans toutes les cases. Il y a du transport en commun, on est à proximité des commerces.
Il y a un volant de soignants. Ça permet de garder nos soignants actuels puisque Crézancy est proche de Jaulgonne, proche de Condé-en-brie.
Ça rebat les cartes certes, mais ça garde aussi les professionnels historiques et ça fait entrer en jeu d’autres professionnels.
Un programme technique détaillé qui était nécessaire au plan d’aide à l’investissement a déjà été fait. Un programme technique détaillé avec un plan pluriannuel d’investissement qui devait être mis au dossier pour que l’ARS puisse valider. Tout est verrouillé avec le Conseil départemental et l’ARS. »
L’EHPAD comprendra au total 86 places d’hébergement permanent, avec uniquement des chambres simples de 24m2. La répartition des places est la suivante :
- 58 places d’hébergement « classique » dont 14 places pour personnes handicapées âgées,
- Une Unité de vie Alzheimer de 14 places,
- Une unité de vie Gérontopsychiatrie de 14 places.
À cela va s’ajouter d’une part, un PASA (Pôle d’Activités de Soins Adaptés) de 14 places qui va permettre de prendre en charge, en journée,
les résidents ayant des troubles cognitifs légers afin de conserver l’autonomie et d’autre part, un Accueil de jour de 10 places.
« Avec cet accueil de jour, on va remplir notre mission d’ouverture sur l’extérieur, souligne Corinne Rousselle. C’est une prise en charge la journée
afin de décharger les aidants. Toute personne à domicile pourra intégrer cet accueil. »
Il y aura un double accès de part et d’autre au terrain. L’établissement rentre par ailleurs dans des critères de marche concernant les personnes à mobilité réduite. Il est situé plein centre, à 200m de l’arrêt de bus.
Une assistance à maitrise d’usage
« On est déjà en lien avec l’APEI des 2 Vallées, poursuit Corinne Rousselle. On a travaillé une partie du projet afin d’accueillir des personnes handicapées. Pour déposer un projet, on est obligé de rentrer dans certains critères dont l’assistance à maitrise d’usage. On a consulté énormément de membres qui ont déjà des expériences. Cela permet d’éviter plein d’écueils et d’être au plus juste du bâtiment. Une fois que le projet a été monté,
j’ai sollicité l’ARS pour solliciter l’ANAP. Ils ont un bras armé qui est la MNAI [Mission Nationale d’Appui à l’Investissement des établissements médico-sociaux NDLR]. Ils ont validé le projet qui avait été proposé. Un projet travaillé avec des professionnels vis à vis de cette Assistance à Maitrise d'Usage. On a visité des établissements de façon à tenir compte des retours d’expérience. On va encore visiter d’autres établissements. »
Identification de nouvelles compétences
Corinne Rousselle a élaboré des maquettes organisationnelles : « On a déjà commencé à former en 2025 même avant le résultat de l’ARS, on était confiant, ce qu’on appelle les AGS, les assistants de soins en gérontologie. Il y aura de nouvelles compétences à former et on a déjà formé 2 deux assistants pour prendre en charge essentiellement Alzheimer et les troubles cognitifs. Il y a une évolution. Aujourd’hui on héberge que des personnes âgées ayant des troubles cognitifs légers. »
Eric Mangin, maire de Crézancy, ajoute : « Il y a une identification des besoins de soins qui a évolué. Les gens, en fonction de leur problème,
sont mis un petit peu dans une case spécifique et on met du personnel adapté selon la difficulté. Aujourd’hui, les établissements doivent répondre
à un ensemble de besoins. »
À peu près 70, 80 salariés
L’établissement de Crézancy emploiera « à peu près 70, 80 salariés ». Corinne Rousselle précise : « Aujourd’hui, le ratio national est de 0,63 soignant pour un résident. Si vous êtes en Unité Alzheimer, le personnel est doublé. C’est un vrai projet de territoire avec quelqu’un qui le porte :
c’est l’EPMS, établissement autonome avec un président. Ça ne se construit pas tout seul. Ça se construit avec des acteurs du Domicile. Je n’accueille pas des résidents qui n’ont pas à rentrer en EHPAD. S’ils peuvent rester à domicile, on les laisse à domicile. À contrario, lorsque quelqu’un ne peut plus rester à domicile, on a des liens privilégiés pour ‘accueillir. C’est pour cela que c’est un travail de longue haleine pour répondre à un besoin du territoire. C’est pour cela qu’il y a eu une étude faisabilité déjà réalisée dès 2023. Puis on a continué après. On a fait un diagnostic social et territorial pour connaître la population, les âges, les besoins. Il y a un fondement. »
Sébastien Eugène ajoute : On est un peu dans le creux de la vague en ce moment. Il y a eu le COVID, il y a moins de personnes qui rentrent en EHPAD. Sauf que, les études le montrent, à partir de 2030, ça va exploser. Aujourd’hui, on a des EHPAD en difficulté qui ont plutôt tendance à fermer ou à réduire leur capacité alors qu’on sait que dans 4,5 ans ça va exploser. Il va falloir tout rouvrir. Je pense que pour l’ARS, il y a des anticipations à avoir.
10 millions d’euros, c’est une grosse aide. L’ARS y regarde à deux fois avant d’accorder un tel montant mais parce que les études montrent qu’on va
en avoir besoin.
Corinne Rousselle précise : « Comme c’est un projet de territoire, il faut savoir qu’on s’est battu pour garder un établissement public100% habilité
à l’aide sociale. D’où l’importance du Conseil départemental. Car qui dit 100% habilité à l’aide sociale, toutes les personnes qui n’ont pas les moyens
de financer leur EHPAD demandent l’aide sociale. Jusqu’alors, je n’ai jamais vu un refus du Département. »
Sébastien Eugène, également conseiller départemental de l’Aisne, ajoute : « C’est énorme. Sur les éléments actuels, on est à 40% de prise
en charge du Département. Ça ne veut pas dire que le département finance 100%. Ça veut dire que dans 40% des cas, il finance soit la totalité,
soit une partie. Ce qui est énorme et ce qui explique pourquoi il donne son accord lors d’une augmentation. Le Département a accordé l’augmentation sur la Résidence Bellevue. Cela avait fait beaucoup de débats. Quand le Département accepte, il accepte en fait de dépenser beaucoup plus. Ça veut dire qu’il finance lui-même toute l’augmentation. Il accepte de prendre en charge une part plus importante de l’hébergement sur les établissements, pour simplement réussir à les remettre à l’équilibre. »
Des GTSMS incontournables
Un GTSMS (Groupement territorial social et médico-social) est une nouvelle forme de coopération destinée à structurer et organiser
les relations entre les établissements et services sociaux et médico-sociaux publics pour personnes âgées au sein d’un territoire donné.
« Un décret d’application est sorti en décembre 2025, souligne Corinne Rousselle. Il concerne l’organisation des établissements publics sur un territoire pour répondre justement à une demande, pour avoir une offre de services. Les GTSMS sont aujourd’hui incontournables. Les listes des gens qui vont se regrouper sont à définir. C’est encore une fois hyper drivé par l’ARS et le Conseil départemental. Mais on va se mettre en ordre de bataille pour offrir un réseau de prise en charge. »
Date butoir de construction : « plutôt 2028 »
Il est encore trop tôt pour avoir un aperçu du futur bâtiment. Pas d'image de synthèse, ni d'image générée par l'intelligence artificielle.
« On avait échafaudé le projet pour ouvrir dans 4 ans, indique Corinne Rousselle. Là, le rétroplanning serait plutôt fin 2028, plutôt que fin 2029. On va lancer la procédure Conception-Réalisation. Le bâtiment sera sobre et chaleureux à l’intérieur. On le préfèrera beaucoup plus modulaire pour optimiser chacune des surfaces. Dans la conception, je suis très attentive au fonctionnement derrière, au fonctionnement des équipes, aux dépenses liées
à son fonctionnement. »
DB


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